CONSEIL DES EQUIDES LANGUEDOC-ROUSSILLON



. SOMMAIRE COMPLET DE L'ETUDE
. Partie 1 : Présentation générale de la filière
. Partie 2 : Le stade production
. Partie 3 : Transformation et commercialisation
. Partie 4 : L'utilisation des équidés
. Partie 5 : La formation
. Partie 6 : Préconisations


Partie 3
TRANSFORMATION ET COMMERCIALISATION
31
LE CHEVAL DE SELLE
311
Les différents produits
312
Les étapes de la valorisation des équidés
Le soutien des Haras Nationaux à la valorisation des équidés
Les épreuves de valorisation des jeunes chevaux d'élevage (épreuves de la Société Hippique Française
Les moyens de promotion utilisés
313
Les acteurs du commerce
314
Focus : le Cheval Camargue
315
Focus : le cheval d'endurance
32
LE CHEVAL DE BOUCHERIE
321
Contexte : le marché européen et national, retour à la normale
322
Une demande régionale supérieure à la production mais ignorée
323
La commercialisation des produits de l'élevage se fait principalement par l'intermédiaire de marchands en Lozère et d'un groupement dans les Pyrénées-Orientales vers l'Italie et vers l'Espagne
324
L'activité d'abattage est concentrée sur 2 à 3 abattoirs principaux
325
Les Haras Nationaux participent à l'encouragement de la production
326
Contraintes et potentialités de développement


31. LE CHEVAL DE SELLE


311. Les différents produits

On constate que le marché des équidés est constitué d’une juxtaposition de microcosmes, de niches économiques qui parfois s’ignorent totalement : le cheval de dressage, le cheval d’endurance, le cheval de couleur, les ânes…etc. La relation de confiance avec le vendeur, son aptitude à mettre le cheval en valeur, sa connaissance du milieu peut influencer grandement le prix de vente du cheval. Une bonne intégration dans le milieu est donc souvent indispensable pour vendre au meilleur prix. Les prix moyens de vente, s’ils peuvent être estimés, ne peuvent pas être connus avec exactitude.

On peut toutefois distinguer 3 marchés, selon la destination de l’équidé : celui du cheval de loisir, celui du cheval de sport et celui du cheval « d’école d’équitation ». Le cheval de course, comme nous l’avons déjà évoqué, est très peu présent dans la région. Cependant, il n’y a pas de frontière hermétique entre ces marchés : par exemple, le cheval de sport trop moyen sera vendu comme cheval d’école ou de tourisme.

Le cheval de loisir :
S’il est acheté par un professionnel du tourisme équestre, il n’a pas une valeur très importante : les prix de vente se situent d’après nos entretiens entre 1000 et 2000 euros pour un cheval. Les centres de tourisme équestre utilisent moins de poneys que les écoles d’équitation, et possèdent également peu de grands chevaux. Leur cavalerie est plutôt composée de petits chevaux de type méditerranéens ou de grands poneys. Les qualités attendues sont la robustesse, la rusticité et un bon caractère (cf.4212).
Le particulier recherche des qualités de comportement et parfois des critères subjectifs (beauté, robe du cheval…etc.) et le prix d’achat peut être légèrement supérieur (1000 à 3000 €, voir plus). Il achète chez les éleveurs, les établissements équestres ou chez des marchands.
Le prix de vente moyen déclaré par les éleveurs de chevaux de tourisme équestre qui vendent principalement aux particuliers est de 1600 €, pour un cheval de 3 ans environ, débourré.

Le cheval de sport :
Hormis pour le cheval d’endurance (cf. 315) et quelques poneys de sport, notre région n’est pas une terre d’élevage d’équidés de sport (au sens cheval de type Selle Français ou Anglo-arabes, destinés au CSO, au dressage ou au CCE). Pour ceux là, il est fréquent que les chevaux vendus sur la région proviennent des zones traditionnelles de production (Normandie, Pays de Loire, Rhône Alpes, Sud Ouest, …) et sont souvent vendus par l’intermédiaire de marchands.
De plus, le cheval de sport rapporte généralement peu en compétition à son propriétaire, à son cavalier et à son naisseur, contrairement au cheval de course. Les acheteurs sont donc plutôt des amateurs passionnés, prêts à investir dans un cheval utilisé en compétition non pas pour rapporter des gains mais pour satisfaire un désir. L’achat se fait directement auprès des éleveurs, ou par l’intermédiaire de marchands, d’établissements équestres ou d’autres particuliers. Les prix de vente sont extrêmement variables en fonction du cheval, de la discipline prévue, du vendeur et de l’acheteur, et oscillent entre 2000 et 300 000 euros voire plus. La valeur d’un cheval est estimée en fonction de son modèle, de ses origines et surtout de ses performances. La plupart du temps, un équidé ne prendra réellement de la valeur que lorsqu’il aura démontré en compétition ses qualités.
On peut rattacher à cette catégorie les chevaux de spectacle et de travail de type ibérique (Lusitanien et Pure Race Espagnole), représentant une part importante de l’élevage régional, dont les prix de vente sont également très variables.

Le cheval «d’école d’équitation» :
Supports de l’enseignement de l’équitation, utilisés par les établissements équestres, ces équidés sont des poneys ou des chevaux ayant bon caractère, rustiques, avec un peu de « sang ». Les prix d’achat sont assez faibles d’après nos entretiens : 1000 à 3000 € pour un cheval, 500 à 1000 € pour un poney. Les établissements ont besoin de poneys (peu coûteux à l’achat et à l’entretien, bien adaptés à la clientèle jeune), de chevaux pour cavaliers « débutants » (rustiques, bien éduqués) et de quelques chevaux de qualité pour les cavaliers confirmés, qui ne représentent souvent qu’une petite partie de leur clientèle. Ces derniers équidés sont plutôt des équidés type « sport », dont le prix d’achat est variable notamment en fonction du niveau de dressage.
Les établissements peuvent se fournir auprès de marchands, et bénéficier de prix intéressant du fait d’une offre abondante provenant d’éleveurs non professionnels ou de zones de production comme la Normandie, Rhône-Alpes, le Sud Ouest (ou encore de l’étranger).

D’après notre enquête auprès des établissements équestres (centres de tourisme équestre ou écoles d’équitation), l’achat se fait en fonction des qualités que l’acheteur pense déceler sur l’animal, du prix et de la relation de confiance avec le vendeur. Les établissements équestres achètent surtout à des marchands, à des particuliers et peu à des éleveurs professionnels (voir partie 421 Les établissements équestres).

312. Les étapes de la valorisation des équidés

La valorisation d’un équidé de selle peut être découpée en plusieurs étapes :

Le débourrage, qui consiste à lui faire accepter la présence d’un cavalier et à lui apprendre à répondre aux ordres de base : avancer, s’arrêter et tourner aux trois allures (pas, trot et galop). Il a généralement lieu aux environs de trois ans.

Le dressage, consistant à apprendre au cheval à répondre à des ordres plus fins. Il démarre après le débourrage et peut se poursuivre toute la vie de l’animal.
- l’entraînement, consistant à amener l’animal au mieux de ses capacités physiques et mentales, dans l’objectif d’une compétition.

Pour les chevaux de loisirs et de centre équestre, ce travail de valorisation consiste principalement en un bon débourrage et une bonne éducation de l’équidé, éventuellement suivi d’un dressage de base. Pour le cheval de sport, s’y ajoute un travail de dressage plus précis et d’entraînement.

La première étape du travail de valorisation est le plus souvent réalisé par l’éleveur (84 % débourrent toujours ou le plus souvent leurs chevaux avant la vente). Les étapes suivantes peuvent être réalisées par l’éleveur mais aussi par des établissements équestres, par des cavaliers professionnels, par des marchands de chevaux, ou encore par des particuliers, qui n’auront pas forcément pour objectif une revente. La valorisation n’est donc pas organisée et est très diffuse. Les professionnels réalisant ce travail sont souvent confrontés à un problème de statut au niveau économique, fiscal, et social (alors que le statut d’entraîneur professionnel existe dans le secteur des courses, il fait défaut dans le secteur de l’équitation).

Le soutien des Haras Nationaux à la valorisation des équidés :

Celui-ci passe par un ensemble de mesures de soutien et de versements de primes. Au niveau national, l’efficacité de ces primes pour le développement de la filière est parfois mise en doute (cf. annexe 1). Les primes versées en Languedoc-Roussillon concernent principalement les encouragements aux éleveurs.

Encouragements aux éleveurs : Des primes (ou encouragements) sont versées aux chevaux classés sur des épreuves spécifiques, organisées par les Haras Nationaux. Ces épreuves permettent à la fois de contrôler la qualité de la production et de la récompenser en appréciant le modèle et les allures des équidés. Elles sont aussi l’occasion pour un éleveur de veiller à une éducation et un entretien de ses animaux pour pouvoir les présenter sur les épreuves. Il existe différents types d’encouragements pour les chevaux de selle : concours pour poulinières suitées, présentations montées pour chevaux et poneys de 3 ans, prime d’aptitude à la compétition équestre (PACE) ; qualifications « loisir ».
Environ 44 000 € ont ainsi été distribués pour 283 équidés dont 270 primés (soit en moyenne 155 € par équidé). Les principaux encouragements en terme de montant et de nombre de partants concernent les chevaux de trois ans montés (61% du montant des primes, 59% des partants) et les poulinières (prime PACE et prime aux poulinières suitées).

Primes au naisseur :
Les primes aux naisseurs de chevaux de sport : il s’agit de récompense à la performance qui concerne les chevaux inscrits aux stud-books Selle Français, Arabe, Anglo-arabe ou au livre généalogique des races de chevaux de trait. Les disciplines concernées ont été sur la région le CSO, le CCE et le dressage. Les primes au naisseurs sont très faibles sur notre région. Elles ont représenté en 2002 environ 4000 euros distribués pour 22 chevaux, soit une moyenne d’environ 200 euros par cheval.

L’achat de chevaux de remonte :
Les Haras Nationaux peuvent acheter des chevaux pour les mettre à disposition gratuitement des centres équestres de leur circonscription (« chevaux de remonte »). Cette mesure peut être considérée comme un soutien aux éleveurs aussi bien qu’aux établissements équestres. Les chevaux ou poneys achetés sont principalement des jeunes de 3 ans. Les Haras peuvent également dans certains cas (attelage, voltige, …) aider des sportifs de haut niveau à acquérir un cheval de qualité. En 2001, le montant des achats de chevaux de remonte était de 56071 €, pour 17 chevaux, soit un prix moyen d’achat de 3298 € par cheval.

Les épreuves de valorisation des jeunes chevaux d’élevage (épreuves de la Société Hippique Française) :
Les jeunes équidés peuvent participer aux circuits de compétitions classiques ou à des circuits spécifiques, permettant leur valorisation et la détection des meilleurs jeunes chevaux de leur génération et par là même le repérage des bons géniteurs. Ces compétitions spécifiques sont des « tests à finalité zootechnique et économique ayant pour objectif de valoriser le produit agricole qu’est le jeune cheval de sport et de faciliter sa commercialisation » (Equi’idée n°44, été 2002). Celles-ci sont organisées par la Société Hippique Française (SHF) et sont réservées aux jeunes chevaux de 4 à 7 ans. En France, c’est environ 3500 épreuves de ce type qui sont organisées chaque année, sur lesquelles concourent 12500 chevaux et où sont distribués 2,5 millions d’euros de gains. Les gains sur ces épreuves sont relativement faibles et ne sont pas réservés aux éleveurs, mais ces épreuves jeunes chevaux sont reconnues comme des lieux intéressants pour présenter les produits d’un élevage et les commercialiser. En 2001, le Concours de Saut d’Obstacle représentait en France 91 % des partants, le Concours Complet 4%, le dressage 2% et l’endurance 2%. Les meilleurs jeunes chevaux français se mesurent ensuite en finale nationale ayant lieu à Saumur pour le dressage, à Fontainebleau pour le CSO, à Pompadour pour le Complet et à Uzès (30) pour l’endurance.

La région n’organise qu’un peu plus de 130 épreuves (en environ 20 concours) jeunes chevaux par an. Cela la place au 18ème rang national (la Basse-Normandie, les Pays de Loire et l’Ile de France organisent plus de 300 épreuves par an). Cette mauvaise place est sans doute liée à une relative faiblesse de la région concernant l’élevage de chevaux de sport.
Les épreuves organisées concernent principalement l’obstacle et l’endurance. Il faut noter que la région Languedoc-Roussillon est leader en France de l’organisation d’épreuves jeunes chevaux d’endurance et reçoit la Finale Nationale Jeunes Chevaux à Uzès. Les disciplines du dressage ou de l’attelage sont très peu représentées.

Les épreuves jeunes chevaux dans notre région s’organisent principalement dans le Gard et l’Hérault, en particulier sur Uzès et Montpellier. Le Gard reçoit 13 des 21 concours organisés sur la région. Ce département, probablement du fait des concours jeunes chevaux d’endurance et des concours de CSO, représente plus de la moitié des concours jeunes chevaux organisés sur la région, plus des deux tiers des partants et 88% des gains.

En 2001 Il y a eu 3 concours complets d’équitation (dans le Gard), 1 concours de dressage (dans l’Hérault) et 5 concours de CSO (2 dans le Gard et 3 dans l’Hérault), avec respectivement 33, 11 et 1244 engagés et 635, 256 et 19 084 € de gains. En 2002 il y a eu 5 concours complets d’équitation (dans le Gard) et 6 concours de CSO (dont 2 dans le Gard et 2 dans l’Hérault), avec respectivement 72 et 1463 engagés et 2095 et 22 670 € de gains. Il n’y a pas eu de concours jeunes chevaux de dressage. La moyenne de gain par engagé est d’environ 40 euros (29 euros en CCE et 15 euros en CSO). De nombreux éleveurs soulignent que cela ne peut pas correspondre à un véritable encouragement de l’élevage et de sa qualité. Les gains en endurance sont plus élevés (les épreuves jeunes chevaux en endurance étant mieux pourvues : 87 euros par partant nationalement en 2001).


Les moyens de promotion utilisés :
Nous l’avons vu, la commercialisation se fait surtout par le bouche à oreille et les clients sont presque toujours des particuliers. Les moyens de promotion utilisés sont assez limités. Il s’agit par exemple de catalogues des produits, réalisés par les syndicats d’élevage (par exemple par le SEMIME, le GECE…etc.). Ceux-ci posent des problèmes de diffusion (vers quelle clientèle, par quels médias), de coût et d’actualisation. Le développement de sites Internet est encore aujourd’hui le fruit de démarches individuelles. Pour les chevaux d’endurance, une vente aux enchères est organisée chaque année (cf. 315). Les salons spécialisés (Salon du cheval de Montpellier, d’Avignon, de Paris…etc.) sont également utilisés et sont par ailleurs importants pour l’image de l’ensemble de la filière.
Mais le dénominateur commun à la plupart des actions entreprises semble être de ne pas relever d’une approche «marketing » d’analyse de la demande, d’adaptation de l’offre et des moyens de communication.

Pour le cheval de sport, le moyen de promotion essentiel reste la participation à des épreuves sportives. C’est par ses performances sur les concours d’équitation que le jeune cheval de sport va être valorisé. Les concours d’équitation sont le moyen de démontrer les qualités du cheval mais aussi le seul véritable lieu de rencontre avec les clients potentiels. Les concours d’équitation sont donc non seulement des compétitions, mais aussi des outils de promotion et de commercialisation.

313. Les acteurs du commerce

La profession de marchand de chevaux n’est pas organisée : chacun (établissements équestres, éleveurs, cavaliers professionnels, particuliers) est souvent aussi un peu marchand de chevaux et peut selon l’occasion acheter et revendre un animal pour dégager une plus-value. On trouve également des marchands « professionnels », c'est-à-dire spécialisés dans une activité d’achat-revente, mais il n’y a pas nécessité d’une « carte professionnelle » pour commercialiser un cheval. La CSCCF (Chambre Syndicale du Commerce des Chevaux de France) n’a que peu d’adhérents (environ 300 au niveau national et 10 dans la région en 2000).
Un même cheval peut changer de nombreuses fois de propriétaire dans sa vie et nous avons vu que ces changements ne sont pas toujours connus (car non déclarés au SIRE). Le marché est complexe et il est très difficile d’identifier les acteurs et leurs marges. Nous sommes de plus dans un marché ou l’offre et la demande sont particulièrement atomisées.
Lors d’une transaction, les « papiers » du cheval doivent être transmis du vendeur à l’acheteur. Il s’agit du document d’identification du cheval (en quelque sorte sa carte d’identité) et de sa carte d’immatriculation, mentionnant le propriétaire du cheval (en quelque sorte sa « carte grise »). Une nouvelle carte d’immatriculation doit être éditée au nom du nouveau propriétaire. Cependant, l’identité du dernier propriétaire n’est pas toujours actualisée, même si un changement de carte d’immatriculation devrait être réalisé pour chaque transaction. Les transactions concernant des équidés sans carte d’immatriculation ne sont pas comptabilisées. Autrement dit, il n’est pas aujourd’hui possible de connaître avec précision l’ensemble des transactions d’équidés effectuées en France ou sur une région définie.
Cependant, malgré les limites présentées dessus, nous avons souhaité présenter le nombre de changements de propriétaire répertoriés, par type d’équidés sur ces 4 dernières années. Ces chiffres sont donc des minima, auxquels il faudrait ajouter les transactions non répertoriées au SIRE. Il s’agit d’équidés ayant changé de propriétaire et dont le nouveau propriétaire est domicilié en Languedoc-Roussillon.

Sur toute la région, on a compté en 2002 plus de 1300 transactions concernant des équidés. Ce chiffre est en progression constante. On peut constater que c’est dans le Gard et l’Hérault que le nombre de transactions est le plus élevé. On peut retenir pour ces départements entre 400 et 500 transactions déclarées au SIRE par an. On remarque également qu’elles concernent principalement les chevaux de selle. Les transactions concernant les poneys ont sans doute moins fait l’objet de déclaration au SIRE.

314. Focus : Le Cheval Camargue

La seule race «régionale»

Le cheval Camargue (cf. annexes 10 et 11), avec environ 150 naissances par an, est la deuxième race de chevaux élevée dans la région (après le Comtois) et la première race de chevaux de sang. Elle est aussi la seule race ayant son berceau en Languedoc-Roussillon. Elle est enfin fortement attachée à un territoire, à son patrimoine et à une économie basée sur le jeu taurin et le tourisme.
Le cheval Camargue un cheval très polyvalent utilisé pour le travail du bétail mais aussi pour le loisir et dans de nombreuses disciplines sportives. La race bénéficie d’une médiatisation importante et reste porteuse d’une image de cheval liberté, mais aussi de cheval de travail, une image intimement liée à sa zone d’origine et à ses traditions.
Le cheval Camargue naît et vit dans la région de Camargue qui se révèle prépondérante pour le développement de ses qualités. Cette région que l'on désigne comme le "berceau de race" est délimitée par le triangle Tarascon, Montpellier et Fos sur Mer. N’ont droit à l'appellation "Camargue", que les produits nés et élevés en "manade"c'est-à-dire en troupeau et en élevage extensif. Les produits élevés dans cette région mais dans des conditions différentes seront des « Camargue hors manade ». Elevés hors de la région, ils seront nommés « Camargue hors berceau ». La réglementation définit la manade comme suit : « élevage en liberté de chevaux Camargue, comprenant au minimum quatre juments reproductrices, stationnées toute l’année dans le berceau de la race, sur un territoire ne comprenant pas plus d’une UGB pour deux hectares, avec un minimum de 20 hectares d’un seul tenant en propriété ou en location ».
Un tiers des chevaux Camargue nés en France naissent en Languedoc-Roussillon, un autre tiers en Provence Alpes Cote d’Azur, le dernier tiers dans d’autres régions. Les naissances ont plus que doublé en 20 ans. Il est né en 2002 152 chevaux Camargue dans notre région (SIRE 2002).

Des élevages de taille importante

L’Association des Eleveurs de Chevaux de Race Camargue (AECRC) a pour mission de regrouper les éleveurs de chevaux Camargue et d’en assurer la représentation, de déterminer la politique d’amélioration génétique de la race et la sélection, de promouvoir la race. L’association compte 88 membres éleveurs en 2003 (Sce : AERCC, 2003). Elle a été fondée en 1964 et a obtenu en 1978 la reconnaissance officielle de la race avec le soutien du Parc Naturel Régional de Camargue. L'arrêté du 17 mars 1978 porte agrément au Parc Naturel Régional de Camargue pour participer à la sélection du Cheval Camargue. C'est lui qui détient l'arbre généalogique ou stud-book. Son rôle est de vérifier l'affiliation des poulains.

En Languedoc-Roussillon, on compte en tout 76 élevages de chevaux Camargue (au sens du SIRE), dont la moitié mettant à la saillie 3 poulinières ou plus. Ils sont quasi exclusivement dans le Gard (46 élevages en 2002 et 94 naissances) et dans l’Hérault (28 élevages et 51 naissances). Environ 250 juments sont saillies chaque année pour produire du cheval Camargue, dont 150 dans le Gard. Les 40 étalons (dont 26 dans le Gard et 13 dans l’Hérault) sont tous privés et effectuent en moyenne 6,2 saillies par an, en monte en liberté.
Les élevages sont généralement de taille plus importante que les autres élevages de chevaux de sang de la région : la taille moyenne est de 3,3 juments par élevage, contre une moyenne toutes races confondues à 2,9 juments par élevage et une moyenne pour les chevaux de sang à 1,9 juments par élevage. A titre de comparaison, on compte davantage d’élevages de Selle Français sur la région (89 en 2002), mais seulement 8 mettent à la reproduction 3 juments ou plus.

L’AERCC tient à jour une liste des produits à la vente. En 2003, il y avait 91 mâles et 125 femelles de moins de trois ans à vendre, 6 élevages ont cinq animaux ou plus de 1 an à la vente, 4 élevages ont cinq animaux ou plus de 2 ans à la vente et 5 élevages ont cinq animaux ou plus de 3 ans à la vente.

L’AERCC donne également des prix de vente indicatifs, à destination de la clientèle (AERCC, catalogue des produits à la vente 2003) : de 760 à 1500 euros pour les poulains et pouliches, de 1500 à 3000 euros pour les poulinières, de 2300 à 3800 euros pour les hongres de 3 ans et plus débourrés.

L’utilisation du cheval Camargue

L’Association pour la Promotion du Cheval Camargue (APCC) se charge davantage de l’utilisation du cheval, en lien étroit avec la FFE, notamment par la mise en place des compétitions d’équitation Camargue. Elle positionne le cheval Camargue comme un cheval polyvalent de travail, de sport et de loisir. L’APCC considère que l’on ne valorise pas suffisamment les produits de l’élevage régional.

On compte 4 à 5 écoles de monte guardianne sur la région (établissements équestres spécialisés en équitation camarguaise). Concernant les aspects sportifs, les concours « Camargue » existent depuis 1991 et sont organisés sous l’égide de la FFE depuis 1998. 6 à 10 concours d’équitation Camargue ont lieu chaque année, de novembre à juin, avec 40 à 100 cavaliers par concours. Le type d’épreuve est adapté et doit mettre en valeur les qualités d’un cheval de travail (épreuve de maniabilité, de dressage…etc.). Il existe également un championnat d’Europe d’équitation de travail regroupant les 4 nations ayant une tradition de ce type : le Portugal, l’Espagne, l’Italie et la France. L’organisation est tournante et chaque nation participe avec des chevaux « locaux ». L’équipe de France participe donc avec des chevaux Camargue. La première édition a eu lieu en Italie en 1996, la seconde en 1997 en Espagne et la troisième en Camargue. En 2003, la région Languedoc-Roussillon accueillera à nouveau cette manifestation.
Ajoutons que l’arrivée annoncée du Brevet Professionnel « équitation de travail » est bien perçue par l’APCC, qui y voit une possibilité de diversifier l’offre d’équitation, en proposant une équitation valorisante, traditionnelle, culturelle, une équitation plaisir.

L’utilisation du cheval Camargue est aussi celle des manades et des activités taurines. La course Camarguaise représente une activité importante et en développement dans notre région. Elle est gérée par la FCC, Fédération des Courses Camarguaises. Environ 820 courses ont été organisées en 2002 sur les départements du Gard, de l’Hérault, des Bouches du Rhône et du Vaucluse. Le Gard représente à lui seul plus de la moitié des courses organisées, les Bouches du Rhône seulement 3 courses. Le nombre de courses organisées a quadruplé en 30 ans.

Selon un travail de typologie réalisé par la Chambre d’Agriculture du Languedoc-Roussillon en 1999 (Trajectoires-synthèses, Typologie 1999 des systèmes en zone de montagne élevage du Languedoc-Roussillon) on pouvait isoler 70 exploitations du type « Bovins Camargue et littoral ». Ces exploitations ont été identifiées comme des systèmes à orientation prioritaire jeu taurin et secondairement viande. Elles possèdent en moyenne 50 à 250 bovins et occupent 50 à 300 hectares en zone littorale ou en garrigues. Leur exploitant est souvent pluriactif. Or, y compris pour les manades taurines, l’intervention des chevaux est obligatoire. Selon L’APCC, la présence du cheval Camargue est économiquement indispensable à ces exploitations : il est à la fois l’outil de travail le plus adapté et également l’image de la tradition, indissociable des activités taurines (course camarguaise, abrivados, bandidos, ferrades…etc.).
Les manades possèdent leurs propres chevaux ou font appel à ceux de cavaliers bénévoles, et peuvent employer un guardian professionnel. Les cavaliers sont couverts lors des manifestations par une licence cavalier de la Fédération Française des Courses Camarguaises.

Enfin, l’autre utilisation importante du cheval Camargue est le loisir et le tourisme équestre. Ses qualités de comportement et de rusticité et son image en fait la principale race utilisée par les centres de promenades proches du littoral, même si les animaux utilisés ne sont pas nécessairement des Camargue « purs ». Cette activité de tourisme peut être réalisée par l’éleveur lui-même. Cette économie est importante puisque une promenade à cheval peut accueillir jusqu’à 15 à 20 000 clients par an (cf. 422).

315. Focus : le cheval d’endurance

Il s’agit aujourd’hui, comme le cheval Camargue, d’un identifiant fort de la filière cheval régionale.
L’endurance équestre est un sport de pleine nature, une course de fond à cheval : le cavalier doit parcourir un long circuit dans la nature, sur des chemins balisés, le plus rapidement possible, avec une monture (cheval ou poney) qu’il doit ménager. En effet l’état de santé du cheval est contrôlé régulièrement par des vétérinaires et une fatigue excessive de la monture entraîne l’élimination du cavalier. Il existe toute une gamme d'épreuves officielles d'endurance qui vont de 20 à 160 kilomètres à parcourir dans la journée. Pour courir sur une épreuve nationale ou internationale il faut s'être classé (cavalier et cheval) sur toutes les étapes de qualification inférieure : 20 kms puis 40km, puis 60 km puis à deux reprises sur 90km.
Historiquement, l’endurance est liée au tourisme équestre et conserve avec lui des affinités : même dimension d’activité de pleine nature, type de chevaux utilisés assez proche, utilisation des mêmes infrastructures (chemins, gîtes).

L’endurance équestre est une discipline jeune et en pleine expansion : en 20 ans, le nombre d’épreuves organisée en France est passé de quelques dizaines à plusieurs milliers (cf annexe 12). Il s’agit aujourd’hui de la deuxième discipline équestre en France, toutefois précédée par le CSO. « L’endurance est devenue en France, d’après la plupart des critères mesurables, nombre de départs, nombre d’épreuves, nombre de départements organisateurs, nombre d’engagements, la deuxième discipline cheval de la FFE (…). En 2001, l’endurance pouvait se prévaloir d’une couverture territoriale équivalente au CSO. » (Hervé Ménager, Equ’idée, revue technique des Haras Nationaux n°46, printemps 2003). A Jerez, lors des derniers Jeux Equestres Mondiaux, ce sont 36 nations et 149 cavaliers qui ont pris le départ pour l’épreuve d’endurance, contre « seulement » 34 nations et 97 cavaliers pour le CSO. Les cavaliers français brillent sur la scène internationale (cf annexe 13).

En France, cette discipline s’est d’abord développée dans le Sud Est, en particulier en Languedoc-Roussillon avec notamment la course de Florac et le rôle du Parc National des Cévennes. Notre région peut donc se prévaloir du titre de « berceau de l’endurance ». L’endurance est reconnue comme l’une des spécialités équestres régionales.

Des compétitions importantes sur la région :

La région Languedoc-Roussillon organise deux compétitions d’endurance de niveau national et international (cf. annexes 14 et 15) :

- La finale jeunes chevaux d’endurance à Uzès : en place depuis 1993, il s’agit de la rencontre des meilleurs jeunes chevaux de France (compétition organisée par la SHF, réservée aux chevaux de 4 à 7 ans). De 1993 à 2003, le nombre de participants a été multiplié par 10. Cette compétition permet de valoriser et de repérer les meilleurs produits de l’élevage français et régional. Environ un tiers des chevaux classés à Uzès ont eu un ou plusieurs classements en épreuve nationale par la suite. Notons encore qu’avec l’organisation de cette finale, le Languedoc-Roussillon est leader français de l’organisation d’épreuves jeunes chevaux en endurance (Equi’idée n° 44, Eté 2002, p61).

- Les 160 kilomètres de Florac, première course d’endurance organisée en France, reconnue internationalement, est la plus longue et la plus dure des courses d’endurance au monde (avec la Tevis-Cup, aux Etats-Unis). Cette épreuve rassemble chaque année une centaine de partants de diverses nationalités et accueille régulièrement le Championnat de France. Elle a également accueilli le championnat d’Europe et se propose de l’accueillir à nouveau en 2005, avec comme objectif suivant le championnat du monde d’endurance en 2008.
Ces deux manifestations sont indispensables pour le monde de l’endurance en région, de par leur rôle de vitrine de l’élevage et du savoir faire en terme de valorisation. Elles peuvent être considérées comme complémentaires, l’une s’adressant aux jeunes chevaux d’élevage, l’autre aux chevaux confirmés.

Des cavaliers régionaux au plus haut niveau et un dynamisme certain :

Les cavaliers régionaux réussissent particulièrement bien au niveau national et international : la vice-championne du monde est gardoise et a également remporté le championnat de France 2002, au cours duquel la troisième place du podium a été atteinte par un autre cavalière régionale. De nombreux cavaliers régionaux s’illustrent sur les épreuves nationales et internationales. Ajoutons encore qu’en 2002, la région Languedoc-Roussillon est également championne de France par équipe. En 2003, la France est championne d’Europe, grâce notamment à deux chevaux originaires de notre région.

Sur la région, on voit que les épreuves de 20, 40 et 60 kilomètres représentent 70 % des partants et 80 % des épreuves (environ 75 % et 75% nationalement). L’évolution entre 2001 et 2002 a été positive dans toutes les catégories d’épreuves, tant pour le nombre d’épreuves (+12,5%) que pour le nombre de partants (+13%), sauf pour les épreuves de 90 kilomètres (pré-nationales).
D’après H Ménager, le Gard est l’un des trois départements les plus dynamiques de France dans cette discipline (avec le Finistère et la Saône et Loire) (H. Ménager, Equ’idée n°46, printemps 2003).

Des élevages régionaux de qualité, orientés sur le PSAr (cf. annexe 14) :
Les chevaux utilisés en endurance sont la plupart du temps des Purs Sang Arabes ou des produits issus de Purs Sang Arabes (qui peuvent être Cheval de Selle, Selle Français, Anglo arabe…etc.). Le PSArest la deuxième race de chevaux de sang élevée en Languedoc-Roussillon.

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Figure 12 : répartition par race des partants aux finales d’Uzès.

La région compte 2 groupements d’éleveurs de chevaux d’endurance, particulièrement dynamiques : le SEBEECC, Syndicat des Eleveurs du Berceau de l’Endurance Equestre Causses Cévennes (signature d’un CTE SEBEECC-chevaux d’endurance, demande d’une Appellation d’Origine Contrôlée, formations auprès des éleveurs, démarches commerciales…etc.), et le GECE LR, Groupement des Eleveurs de Chevaux d’Endurance du Languedoc-Roussillon.

Les chevaux issus des élevages régionaux ont brillé et brillent au niveau national et international. Lors des derniers Championnats d’Europe (2003) la France se place 1ère avec 2 chevaux originaires de la région dans les trois premiers.

Plus de 70% des chevaux engagés en nationales issus des élevages du SEBEECC ont été classés dont deux gagnants et quatre dans les cinq premiers. En 2000, 11,5 % des chevaux classés en épreuve nationale étaient issus de la zone d’élevage du SEBECC (Sce : SEBEECC 2003).
Dans le classement des étalons ayant fait naître des produits classés aux finales nationales des jeunes chevaux d’endurance de 1993 à 1999, les 6 premiers sont des étalons ayant fait la monte dans notre région. Il faut toutefois remarquer que cette hégémonie des étalons régionaux est aujourd’hui très contestée.

Une valorisation qui se développe :

Concernant la transformation et la valorisation de ses produits, le Languedoc-Roussillon bénéficie d’un savoir faire et d’une renommée qu’il serait nécessaire de préserver et de renforcer. Ainsi, aujourd’hui, il est fréquent qu’un acheteur ayant acquis un cheval le laisse chez l’éleveur–entraîneur afin qu’il soit entraîné par ce dernier. D’après les professionnels, l’activité « cheval d’endurance » est en train de se structurer dans la région autour de l’élevage, de la valorisation et de la commercialisation. H. Ménager remarque d’ailleurs que : « Après les championnats du Monde de 1998, les émirats ont donné à l’endurance française un statut enviable, dont bénéficie l’élevage français performant (…) l’observation de la carte des départs en épreuve jeunes chevaux met en évidence l’industrie du jeune cheval d’endurance qui s’installe autour des Haras d’Uzès dans le Gard et qui bénéficie d’une rente de situation géographique. » (Equ’idée, revue technique des Haras Nationaux n°46, printemps 2003).
A titre d’exemple, un élevage - centre d’entraînement Gardois, détenant 80 chevaux en moyenne, génère un emploi de 5 ETP avec un chiffre d’affaires annuel de près de 450 000 €.

La profession d’entraîneur de chevaux d’endurance est en train de naître et de se développer, mais reste notamment confrontée à un problème de statut. De plus, il est probable que l’entraînement de chevaux de haut niveau aille vers un besoin d’encadrement et de structures (centres d’entraînements) accru. Le centre national d’entraînement des Saintes Maries de la Mer n’est malheureusement pas en Languedoc-Roussillon.

Les chevaux se vendent à un prix élevé lorsqu’ils ont fait leurs preuves en compétition :
La participation à des épreuves de haut niveau (prénationales et surtout nationales) est nécessaire pour valoriser les chevaux. Cela ne peut se faire avant l’âge de 5 à 6 ans. Or, les éleveurs ne peuvent pas toujours conserver et valoriser leurs chevaux jusqu’à cet âge. Ainsi ce travail de valorisation est-il souvent réalisé par des cavaliers, au départ amateurs et qui se professionnalisent de plus en plus. Les chevaux vendus à l’étranger le sont souvent par l’intermédiaire de courtiers. Si le volume des ventes est impossible à connaître avec précision, les chiffres du SEBEECC, de l’opération « point rouge » et de la vente aux enchères d’Uzès nous donnent de précieux renseignements sur le marché.

Les ventes des élevages du SEBECC.
Elles sont reprises dans le tableau suivant. Les prix varient de 2300 à 609 000 euros (15000 à 4 000 000 francs), pour des prix moyens de 18 000 à 54 000 € par cheval selon les années. Les plus grosses ventes se font surtout à l’issue d’épreuves de haut niveau, en particulier à l’arrivée des 160 kilomètres de Florac.

L’opération « Point Rouge » :
Il s’agit d’une action d’aide à la commercialisation organisée au cours des épreuves jeunes chevaux à Uzès par le SYNAPECE (Syndicat National des Eleveurs de Chevaux d’Endurance). Les chevaux à la vente sont répertoriés par fourchette de prix et identifiés pendant l’épreuve par un numéro de têtière. Le tableau ci-dessous reprend la répartition des chevaux mis à la vente en fonction du prix indicatif, ce qui peut être considéré comme un bon indicateur du marché. Notons qu’en 2002, les Haras Nationaux se sont portés acquéreurs de 4 chevaux de 4 ans pour un montant de 14 635 €.

Les ventes aux enchères d’Uzès :
Depuis 1995 sont également organisées des ventes « regroupées » de chevaux. Elles ont d’abord eu lieu aux Saintes Maries de la mer, de 1995 à 1997. Il s’agissait de ventes à l’amiable, où 6 à 7 chevaux ont été vendus pour un montant total aux environs de 60 000 euros. A partir de 2000 ont été organisées les ventes aux enchères de chevaux d’endurance, sur le site des Haras Nationaux d’Uzès, pendant la finale nationale jeunes chevaux. En 2000, 7 chevaux ont été vendus sur les 20 présentés, pour un montant de 115 000 euros. En 2001, 12 chevaux ont été vendus sur les 25 présentés, pour un montant de près de 500 000 euros. La vente de 2002 a été annulée car la plupart des chevaux de qualité avaient été vendus avant l’organisation de la vente.

Mais les gains en compétition dans la discipline sont très faibles
Les gains des compétiteurs couvrent rarement, même en épreuve nationale, les frais engagés par le propriétaire pour participer à la course. Ils sont inférieurs aux gains dans les trois disciplines classiques (CSO, Dressage, Complet) et bien sûr sans commune mesure avec ceux des courses de galop ou de trot.

Et la région doit travailler à maintenir son avance
La région prend peu à peu du retard en progressant moins rapidement que les autres concernant les circuits de compétition : ainsi au niveau national, la progression du nombre d’épreuve a été de 13,0% mais la progression du nombre de partants a été de 22,2%, soit presque 10 % de plus qu’en Languedoc-Roussillon. Certaines régions ont été particulièrement dynamiques comme les Pays de Loire, la Normandie, le Nord Pas de Calais, l’Ile de France, la Bourgogne, la Franche Comté, l’Auvergne, Rhône Alpes et PACA.
Il est intéressant de noter que la région n’est «que» troisième en nombre d’épreuves et de partants, derrière la Bretagne (2 704 partants en 2001, 3 163 en 2002), et Midi Pyrénées (2803 partants en 2001, 3146 en 2002).
En terme d’organisation de grands évènements, notre région est peu à peu détrônée par le dynamisme de la Bretagne (organisations de nombreuses courses nationales et internationales, édition de revue spécialisée, site Internet…) et d’autres régions. Stratégiquement, de plus en plus de régions se positionnent sur l’endurance.

Si l’on étudie la pénétration de l’endurance dans la population cavalière (nombre de partants en endurance pour 10 000 licenciés FFE), on se rend compte que c’est en Corse qu’il est le plus élevé. Le Languedoc-Roussillon est, sur ce critère, placé dans le peloton de tête des régions, mais pas en toute première position. En terme d’évolution, d’autres régions voient leur taux de pénétration progresser beaucoup plus vite qu’en Languedoc-Roussillon.


Ce secteur de la filière a un fonctionnement propre, différent de celui des chevaux de selle. La production régionale, tournée vers l’export, ignore une demande locale pourtant importante. L’élevage de chevaux de boucherie est séparé spatialement de l’élevage de chevaux de selle. Les élevages de chevaux lourds sont principalement situés en Lozère (Margeride) et dans les Pyrénées-Orientales (Cerdagne Capcir). Dans ces deux régions, l’élevage équin est dépositaire d’une grande dimension traditionnelle et affective. On compte environ 350 naissances par an de chevaux lourds en Lozère et 250 en Pyrénées-Orientales.

321. Contexte : Le marché européen et national, retour à la normale

En 2003, le secteur du cheval connait moins de perturbations qu’en 2001 et 2002, en retrouvant ses tendances d’avant les crises sanitaires (ESB puis fièvre aphteuse) : baisse de la consommation, réduction des importations, relative stabilité de la production. L’OFIVAL prévoit des prix à la production à la baisse, mais qui resteront néanmoins supérieurs à ceux de 2000. En 2002, la consommation de l’Union Européenne s’est effondrée (- 22%) jusqu’à un niveau légèrement inférieur à l’avant crise. La consommation italienne a baissé de 24%. La production a elle aussi régressé, notamment en Italie (-30%). En France la baisse de la production a été de 15 % et celle de la consommation de 16%. Les exportations vers l’Italie ont baissé de 17%. Les prix à la production ont chuté.

Les importations de chevaux vivants en 2002 sont en retrait par rapport à 2001 et sont tombées au plus bas niveau de ces dix dernières années (11000 têtes). L’Espagne, l’Allemagne et la Pologne sont les principaux fournisseurs. Les exportations de chevaux vivants ont également reculé. L’Italie reste le premier débouché pour la France (90 % des ventes françaises en 2002 avec 13 000 animaux, 80 % en 2001), et vient loin derrière l’Espagne (7,5 % des exportations françaises).
Les importations de viande ont diminué de 11%. Les exportations (7000 tonnes) ont, elles, augmenté en 2002 de 8,5 % par rapport à 2001. Les débouchés sont l’Italie et la Belgique.
On peut donc constater que le Languedoc-Roussillon a une position géographique stratégique sur ce marché (proximité de l’Espagne et de l’Italie).
La filière d’importation de viande destinée à la consommation française et la filière de production française, presque exclusivement destinée à l’exportation s’ignorent (Filière Chevaline Française, Rapport, AGRO ASSOCIES IFEM, Juin 1999). La première assure 90 % de la consommation française, via les GMS et les bouchers chevalins. La seconde n’assure que 10 % de la consommation française et uniquement par l’intermédiaire des bouchers chevalins.

Quant à la consommation, elle est retombée au niveau national à environ 0,5 kg par an et par habitant. Tous les pays européens ont été touchés par cette baisse (Italie : - 24 %, France : -16%). Les prix au détail ont légèrement augmenté et le cheval reste, avec le veau, une viande chère : 12 € 20 / kg d’après le panel SECODIP, contre 10 € 40 pour la viande ovine, 10 € 00 pour le bœuf et environ 6 € 00 pour le porc et la volaille (données nationales). Il faut rappeler qu’il n’y a pas de consommation de viande équine en restauration commerciale ou collective.

322. Une demande régionale supérieure à la production mais ignorée

Les sorties des élevages (SAA 2001) ont été en 2001 de 725 têtes (ce qui est en cohérence avec les chiffres concernant les naissances fournis par le SIRE) soit environ 150 à 200 tonnes carcasse.
La consommation régionale annuelle peut être estimée à 1100 à 1300 tonnes de viande équine par an et est donc largement supérieure à la production. De plus, il faut également tenir compte de la demande en PACA, débouché important et proche. Cependant, il est à noter que le produit réalisé dans la région (laiton lourd) donne une viande claire, souvent méconnue et peu appréciée des consommateurs français, qui souhaitent une viande plus colorée. De plus le cheval de race lourde présente souvent une qualité technologique inférieure à celle des chevaux de sang (rendement carcasse inférieur, irrégularité de la qualité...etc.) qui le rend moins intéressant pour le boucher.

323. La commercialisation des produits de l’élevage se fait principalement par l’intermédiaire de marchands en Lozère et d’un groupement dans les Pyrénées-Orientales vers l’Italie et vers l’Espagne.

Les animaux issus des élevages régionaux sont commercialisés avant engraissement, après le sevrage (de 6 à 9 mois environ). Ils ne sont donc pas finis sur place.

- En Lozère : on compte deux syndicats d’éleveurs et un groupement de producteurs, COBEVIAL, ouvert aux équins mais spécialisé bovins et ovins.

- Dans les Pyrénées-Orientales : on trouve un syndicat d’éleveurs, travaillant de façon étroite avec un groupement, la Catalane des Viandes. Un technicien de la Chambre d’Agriculture est chargé de suivre cette production.
En Lozère, selon les estimations des professionnels, COBEVIAL commercialise environ 20 % des animaux produits, le restant étant commercialisé par le biais de marchands d’animaux (3 à 4 marchands principaux). La quasi-totalité de la production part en exportation vers l’Italie, en vif par l’intermédiaire d’un exportateur. Une très faible part de la production est abattue sur Saint Etienne et Lyon. Les producteurs locaux regrettent parfois le manque d’organisation du marché.
Dans les Pyrénées-Orientales, la Catalane commercialise environ 80 % du marché, le reste étant commercialisé par des négociants espagnols, en direct. La Catalane commercialise ensuite vers l’Espagne pour les animaux les plus lourds (50% des animaux environ) et vers le Jura pour les animaux les plus légers. Cependant, ce débouché sur le Jura serait en train de disparaître et la part vendue sur l’Espagne, où la Catalogne est un gros consommateur, augmente. Il est remarqué dans les Pyrénées-Orientales que certains éleveurs se défont de leur capital génétique, en vendant de très bonnes pouliches bien adaptées aux conditions locales, ou parfois l’ensemble de leur troupeau. D’après la Catalane des Viandes, la quantité des poulains lourds produits diminue régulièrement depuis 10 ans, mais de façon plus marquée depuis 5 ans environ.

324. L’activité d’abattage est concentrée sur 2 à 3 abattoirs principaux

5386 chevaux, ânes ou croisements ont été abattus en 2002 dans 6 abattoirs de la région, soit 1517 tonnes carcasse. Concernant l’évolution de l’activité, on constate une concentration sur 4 abattoirs, dont trois principaux : Narbonne, Pézenas, et Nîmes. De 1997 à 2002, on observe une baisse de la quantité globale abattue de 12% en tonnage et de 6 % en nombre d’animaux. L’augmentation très importante d’abattage constatée en 2001 (où la consommation nationale de viande équine avait fortement augmenté du fait des crises sanitaires sur d’autres productions) ne s’est pas confirmée en 2002, puisque l’on est redescendu à un niveau d’abattage inférieur à celui de 1999 et 2000.

Les 3 principaux abattoirs fonctionnent avec peu d’abatteurs (1 à 2 par abattoir), qui s’approvisionnent auprès de « collecteurs ». Ces derniers sont nombreux (plusieurs dizaines par abatteur…), peuvent s’approvisionner à l’étranger aussi bien que sur la France entière et sont la plupart du temps polyvalents : ils travaillent sur du cheval de selle (loisir) et de boucherie. Les chevaux de selle ne se vendant pas comme tels sont ainsi vendus pour la viande.

Les chevaux abattus sont des chevaux de sang. La part des chevaux de race lourde abattue est faible : de 0 à 20 % du tonnage, selon les estimations des abattoirs. Certains abattoirs ont abattu des laitons de race lourde élevés en région pour l’envoi en carcasse en Italie (pour limiter les contraintes du transport en vif).
L’origine des chevaux abattus est difficile à connaître. La part des animaux issus des pays de l’Est a fortement diminué (beaucoup moins de chevaux polonais apparemment). La part des chevaux français est très variable selon les abattoirs (de 10 à 90 %) et fluctuante et environ 10% des équidés viennent de la région.

La vente des chevaux abattus se fait quasiment exclusivement aux bouchers chevalins et les abatteurs fonctionnent le plus souvent sur une grande zone géographique : PACA, Languedoc-Roussillon, et parfois Midi Pyrénées. La GMS ne concerne qu’une très faible part des ventes (moins de 5 %).

On compte sur la région environ 30 boucheries chevalines (dont 15 dans l’Hérault, 6 dans l’Aude, 5 dans le Gard, 4 en Pyrénées-Orientales - Sce Fce Télécom - ). Au niveau national, les bouchers chevalins sont âgés et la relève n’est pas toujours assurée. La formation de jeunes et une réflexion sur l’image et le rôle de médiateur du boucher chevalin (sur un nouveau signe de qualité, de nouvelles préparations…etc.) sont des points importants pour une commercialisation locale (OFIVAL, 1999).

325. Les Haras Nationaux participent à l’encouragement de la production

Cet encouragement passe par l’organisation de concours d’élevage spécifiques : concours pour mâles de 2 et 3 ans ; pour pouliches de 1, 2 et 3 ans ; pour poulinières suitées ; primes d’approbation aux étalons trait et ânes ; épreuves d’utilisation…
Les chevaux lourds représentent plus de la moitié des sommes versées en concours d’élevage par les Haras Nationaux, soit environ 55 000 € en 2002. Ces primes ont concerné plus de 700 équidés en 2002, avec une prime moyenne de 75 € par équidé, ce qui représente un complément non négligeable pour les éleveurs. Ce sont les concours de poulinières suitées qui représentent la plus large part des encouragements (73% des primes, 62 % des partants).


326. Contraintes et potentialités de développement :

Selon l’OFIVAL, les handicaps au niveau national sont nombreux et on les retrouve au niveau régional :

- des structures d’élevage souvent de petite taille. C’est aussi le cas au niveau régional, en particulier en Lozère (voir partie production). Cela entraîne des difficultés pour les investissements, des coûts de collecte élevés, des difficultés pour se fédérer autour de projets porteurs,
- des producteurs souvent pluriactifs, parfois retraités ou dont la production équine est secondaire dans le revenu et ne présente donc pas un enjeu majeur,
- une saisonnalité très importante de la production, particulièrement handicapante pour la commercialisation,
- une production de chevaux lourds, donc avec un rendement viande/os inférieur aux chevaux de selle, à la viande plus claire, ce qui peut contraster avec les habitudes prises par le consommateur, et une certaine irrégularité dans la qualité des carcasses (poids, gras…etc.)
- Le transport des équidés vivants devient de plus en plus réglementé, ce qui entraîne des surcoûts. Le transport s’oriente donc de plus en plus vers le transport de viande, les exportations en vif vers l’Italie perdent en compétitivité.

Néanmoins la région dispose d’atouts importants :
- il existe un marché régional, puisque la production régionale est nettement inférieure à la consommation, sans tenir compte du marché de PACA,
- l’organisation des éleveurs en Pyrénées-Orientales,
- la situation géographique de la région est intéressante pour l’exportation vers l’Espagne ou l’Italie,
- le cheval lourd est un excellent valorisateur d’espaces peu productifs, et peut donc répondre à un besoin régional sur ce point.




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